Sa mort, et tout le reste

Cinquième journée

Lundi. Aujourd’hui, c’est l’enterrement.

J’ai longuement hésité, parce que je ne me sentais pas digne d’y assister, pas assez proche. Parce que je voulais pas faire comme ces millions d’autres gens qui sont subitement devenus les meilleurs amis de Bruno après l’accident. Mais je suis quand même allée à l’église, pour moi, pour ma cousine aussi, un peu. Pour emmerder Dieu, surtout.

C’était douloureux, évidemment. C’était frustrant, aussi. Parce que c’est tellement nul, un service, tellement pas naturel. On va lire des bouts de papier en avant, écrits d’avance et avec un p’tit concept, parce que même dans ces situations là, faut paraître bien, faut que les gens pensent que c’est beau. Alors qu’on a seulement envie de s’effondrer par terre et de pleurer jusqu’à mourir de tristesse. Alors qu’on prie mentalement, de tout son être, pour que tout ça ne soit qu’un stupide cauchemar. Alors que tu voudrais mourir aussi, pour combler un peu l’injustice.

J’avais envie d’égorger la petite fille qui chantait, aussi. J’avais aucune idée de qui s’était, mais on souffrait déjà assez comme ça. Le chant, ça s’apprend.
J’ai jamais bien compris les funérailles. Les p’tits discours à quatre personnes, les chansons tristes, la Communion. What the fuck, j’en voulais tellement à Dieu, j’avais surtout pas envie de manger le corps de son fils. Je comprends pas ce désir de souffrir en communauté. Quoique je préfère encore ça que les « Oh oui, c’tait beau, les funérailles du p’tit Riendeau. » Calisse de vieux scèneux.

Mon frère a fait un « party de recueillement » après ça. Tout plein de monde qui sont venus boire d’la bière en l’honneur de Bruno. Sincèrement, j’ai pas compris. Ils ont signé une croix, ils ont peu parlé de lui, mais ils ont niaisé, ils ont rit, ils ont voulu lancer les filles avec des chandails blancs dans la piscine. Comment ils faisaient? Parce que moi, j’me sentais zombie. Moi, j’me sentais comme si j’avais rien à dire, rien à faire. Je voulais me coucher en dessous d’un arbre avec un paquet de cigarettes et rester là jusqu’à la nuit. Jusqu’au matin.